Les citoyens dĂ©sireux dâalimenter la rĂ©flexion et les actions sur le sujet sont invitĂ©s Ă joindre le groupe de discussion Facebook « La paix sociale par la proportionnelle ».
Ă la veille dâĂ©lections provinciales que le Premier ministre Charest pourrait fort bien dĂ©clencher en aoĂ»t, force est de constater que si la classe politique sait encore polariser les dĂ©bats sociaux, elle semble impuissante Ă redonner confiance aux citoyens et aux citoyennes en leurs institutions dĂ©mocratiques. DâĂ©lections en Ă©lections, le taux de participation est en chute libre Ă un point tel quâau dernier suffrage, le nombre dâĂ©lecteurs et dâĂ©lectrices sâĂ©tant abstenu de voter (2,45M) Ă©tait pratiquement Ă©gal Ă celui des votes libĂ©raux (1,36M) et pĂ©quistes (1,14M) rĂ©unis.
Nous croyons que lâĂ©tablissement dâun mode de scrutin proportionnel ainsi quâune rĂ©forme plus large de lâensemble des institutions dĂ©mocratiques redonneraient aux citoyens et citoyennes lâimpression que leur vote nâest pas vain, surtout lorsquâil sâagit dâappuyer des partis qui ont peu de chance de gouverner Ă court terme.
Lâavantage intrinsĂšque de la proportionnelle, câest la possibilitĂ© pour les Ă©lecteurs de voter selon leurs convictions profondes sans ĂȘtre aux prises avec des considĂ©rations stratĂ©giques qui ne font que reconduire le systĂšme du bipartisme. La proportionnelle permet alors Ă dâautres partis dâentrer dans le dĂ©bat politique et de mieux reflĂ©ter la diversitĂ© et le pluralisme des opinions. Lâobligation de forger des alliances pour former et maintenir des gouvernements conduit les diffĂ©rentes formations politiques Ă trouver les compromis nĂ©cessaires pour les prises de dĂ©cision. LâĂ©coute y est gĂ©nĂ©ralement plus prĂ©sente et l’Ă©laboration de politiques publiques plus mesurĂ©es a plus de chances de lâemporter.
Dans la conjoncture actuelle, oĂč le gouvernement semble de plus en plus isolĂ© dans son dĂ©sir de museler les Ă©tudiant-e-s avec une loi spĂ©ciale, jugĂ©e anti-dĂ©mocratique par plusieurs, nous sommes en droit de nous demander si ce conflit aurait autant dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© face Ă un gouvernement de coalition. Nous croyons que non. Mais nous devons composer avec un systĂšme qui fabrique des « monarques Ă©lus » qui peuvent indĂ©finiment faire la sourde oreille aux revendications populaires. Avec lâappui dâĂ peine 24% des Ă©lecteurs inscrits, le sentiment gĂ©nĂ©ral de disproportion du pouvoir du Parti libĂ©ral par rapport Ă son appui rĂ©el dans la population prend tout son sens et explique en bonne partie le cynisme grandissant de la population face Ă la chose politique. Ceci explique aussi que de nombreux Ă©tudiant-e-s remettent en question la lĂ©gitimitĂ© du gouvernement quand celui-ci refuse de reconnaĂźtre la lĂ©gitimitĂ© du rĂ©sultat des votes de grĂšve. Nous craignons les dĂ©rives que cette situation peut entraĂźner.
Nous dĂ©plorons grandement le fait que le Parti QuĂ©bĂ©cois, Ă son congrĂšs de mai 2011, ait rayĂ© de son programme la proportionnelle qui y Ă©tait inscrite depuis sa fondation. MĂȘme chose du cĂŽtĂ© de lâAction DĂ©mocratique du QuĂ©bec qui, en se fondant Ă la Coalition Avenir QuĂ©bec, a mis cette option de cĂŽtĂ©. Au Parti libĂ©ral, dĂšs 2003, lâex-ministre Jacques Dupuis avait commencĂ© Ă plancher sur un avant-projet de loi pour une proportionnelle, mais par un manque de volontĂ© manifeste, lâavant-projet de loi a Ă©tĂ© mis de cĂŽtĂ©. Aujourdâhui, des partis reprĂ©sentĂ©s Ă l’AssemblĂ©e nationale, seuls QuĂ©bec solidaire et Option nationale dĂ©fendent le mode de scrutin proportionnel.
Nous croyons donc que le contexte de crise sociale prĂ©-Ă©lectorale est un moment privilĂ©giĂ© pour ramener ce dĂ©bat sur lâĂ©chiquier politique. Cette solution ne rĂ©glera pas la crise Ă©tudiante. Mais elle pourrait donner Ă tous les citoyens et citoyennes lâespoir que leurs idĂ©es soient dorĂ©navant plus justement reprĂ©sentĂ©es Ă lâAssemblĂ©e nationale et permettrait un graduel retour de confiance des citoyens et citoyennes envers leurs institutions dĂ©mocratiques.
Le rapport des Ătats gĂ©nĂ©raux sur la rĂ©forme des institutions dĂ©mocratiques de 2003, les mĂ©moires, audiences et rapports de la Commision spĂ©ciale sur la loi Ă©lectorale (2005-2006), le rapport du Directeur gĂ©nĂ©ral des Ă©lections (2007) et la dĂ©marche actuelle du Mouvement pour une dĂ©mocratie nouvelle contiennent tous les Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires pouvant mener Ă lâĂ©laboration rapide dâun projet de loi solide, rĂ©aliste et qui fait l’unanimitĂ©. Avec un peu de bonne volontĂ© de part et d’autre, ce projet de loi pourrait ĂȘtre adoptĂ© avant les prochaines Ă©lections.
Pour toutes ces raisons, nous demandons solennellement au Premier ministre Jean Charest et Ă son gouvernement de confier Ă un comitĂ© spĂ©cial constituĂ© dâun Ă©lu de chaque parti, de membres experts de la sociĂ©tĂ© civile et de membres de la sociĂ©tĂ© civile pigĂ©s au hasard, la rĂ©daction dâun projet de loi de rĂ©forme du mode de scrutin le plus tĂŽt possible, en sâinspirant des recommandations des rapports prĂ©cĂ©demment mentionnĂ©s.
Nous demandons au gouvernement du QuĂ©bec de sâengager Ă Ă©laborer une rĂ©forme plus large de lâensemble des institutions dĂ©mocratiques en sâinspirant des recommandations issues des mĂȘmes rapports.
Nous demandons Ă la Coalition Avenir QuĂ©bec et au Parti QuĂ©bĂ©cois de se rĂ©approprier cet engagement historique et Ă tout mettre en Ćuvre pour rĂ©aliser ces rĂ©formes le plus tĂŽt possible.
Nous croyons quâil en va de la confiance des citoyens et citoyennes envers leurs institutions dĂ©mocratiques, quâil en va de la lutte Ă lâabstention du vote au QuĂ©bec et que cela pourra contribuer Ă la paix sociale.
Auteurs : Paul Cliche, ancien journaliste et politicologue – FrĂ©dĂ©ric Dubois, reporter et producteur – Jean-François Lessard, auteur-compositeur-interprĂšte.
Ont aussi signĂ© ce texte : Paul Ahmarani, comĂ©dien – Johanne Aubry, programmatrice -Claude BĂ©land, prĂ©sident des Ătats gĂ©nĂ©raux sur la rĂ©forme des institutions dĂ©mocratiques (2002-2003) – Mark Berube, musicien et professeur – Ghislain Bouchard, indĂ©pendantiste – Isabelle Brabant, sage-femme – Jean-Pierre Charbonneau, ancien ministre responsable des Ătats gĂ©nĂ©raux sur la rĂ©forme des institutions dĂ©mocratiques – Ăve Cournoyer, auteure-compositeure-interprĂšte – Lucie Dagenais, syndicaliste – Alain Deneault, chercheur au RĂ©seau pour la justice fiscale/QuĂ©bec – AnaĂŻs DĂ©tolle, Ă©tudiante au PhD en analyse socio-culturelle, UniversitĂ© Concordia – Bruno Dubuc, journaliste scientifique – Me Adrienne Gibson, conseillĂšre syndicale – David Goudreault, poĂšte et travailleur social – Lorraine Guay, infirmiĂšre et assistante de recherche UniversitĂ© de MontrĂ©al – Benoit Guichard, scĂ©nariste et enseignant – Jean Hamel, directeur des communications – Robert Jasmin, sociologue et juriste – Tomas Jensen, artiste – GĂ©rald Larose, professeur dâuniversitĂ© et prĂ©sident du Conseil de la souverainetĂ© du QuĂ©bec – Gilles Lessard, ingĂ©nieur Ă la retraite – Guillaume Lessard, professeur de mathĂ©matique au collĂ©gial â David Murray, Ă©diteur – Gilbert Paquette, ancien ministre, professeur-chercheur et prĂ©sident des IPSO – Sylvie Paquette, Ph.D. thĂ©ologie et chargĂ©e de cours – France Paradis, auteure et scĂ©nariste – François Richard, ing., MBA, prĂ©sident de la Maison nationale des Patriotes – MercĂ©dez Roberge, conseillĂšre spĂ©ciale du Mouvement pour une dĂ©mocratie nouvelle (prĂ©sidente de
2003 Ă 2010)- Luc Robitaille, Ă©ducateur spĂ©cialisĂ© – Joan SĂ©nĂ©chal, professeur de philosophie au collĂ©gial – Claude Vaillancourt, Ă©crivain, enseignant et prĂ©sident dâATTAC-QuĂ©bec – Cory Verbauwhede, avocat â Laure Waridel, Ă©co-sociologue et auteure – David Widgington, Ă©tudiant en grĂšve (Concordia).
L’article a Ă©tĂ© publiĂ© sur :
- http://voir.ca/jepenseque/2012/05/28/la-paix-sociale-par-la-proportionnelle/
- http://www.lecarrefourdesopinions.ca/?p=8366